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« Ma contemplation du Christ influence ma manière d’être professionnelle (...)

Amélie, 29 ans, Religieuse du Sacré-Cœur de Jésus, vit au sein de la communauté des Potiers dans un quartier populaire de Bruxelles. Elle vient de trouver un poste de psychologue dans une maison médicale.


Quelles sont vos conditions de travail ?

Je travaille depuis un mois. J’ai trouvé un tiers temps comme psychologue dans une maison médicale à deux pas de la communauté. Les patients viennent pour des besoins en terme de santé et ils trouvent là une véritable maison avec une atmosphère familiale, un coin café, un coin vêtement, des propositions de sorties et autres. Certaines personnes viennent tous les jours. On se demande avec qui elles ont rendez-vous. En fait, elles viennent juste prendre un café et elles s’installent dans la salle d’attente ! La personne est prise en charge dans sa globalité, du côté de la santé, du côté social, du côté relationnel au sens large. L’équipe de professionnels rassemble douze à quinze personnes, très diverses à l’image du quartier. La maison accueille les familles les plus modestes, qui connaissent souvent des parcours très difficiles. Je rencontre presque autant de nationalités que de patients ! J’essaie de m’adapter à toutes les cultures. Une après-midi de mon temps est consacré à la « santé com » (santé communautaire). Il s’agit de groupes de paroles autour du diabète, de récits d’exils avec des personnes qui viennent juste d’arriver, de séances d’aquagym, ou encore d’ateliers de cuisine.


Comment avez-vous trouvé ce poste ?

J’ai expérimenté le chômage pendant quelques mois, en sortant du noviciat. J’ai appris beaucoup sur cette réalité de notre temps. Même sans activité, même malade, je suis Religieuse du Sacré-Cœur de Jésus, je suis Amélie, et je peux vivre notre charisme. La communauté m’a beaucoup aidée et soutenue, mais j’ai senti à quel point le chômage est déstructurant. Avant même de savoir que la maison médicale recherchait un psychologue, je m’étais dit que j’aimerait beaucoup travaillé là. Lors du décès de Pierre (un ami de la communauté chrétienne et une figure du quartier), le quartier s’est mobilisé dans un élan de générosité pour préparer ses funérailles. C’est ainsi que j’ai rencontré les personnes de la maison médicale. Ça été comme un tilt réciproque : mon embauche s’est faite en quelques mois. Au regard du marché de l’emploi, j’ai beaucoup de chance ! L’équipe sait que je suis religieuse. Je pense que pour elle, c’est un gage d’un certain regard sur l’homme. Et il arrive quelque fois que nous parlions de Dieu ou d’Allah !


Comment faites-vous le lien entre votre vie professionnelle et votre foi ?

Je distingue bien pratique professionnelle et religion. Mais je sens que (quand j’exerce), tout ce que j’ai appris pendant les deux ans du noviciat, la connaissance de moi-même, l’expérience avec les gens de la rue et dans le milieu de la prostitution m’apporte beaucoup. Après les consultations, j’ai aussi la chance de pouvoir confier les patients dans la prière. C’est une manière de prendre du recul. Le cœur de Jésus me parle de ses blessures et de la vie qui en jaillit. Je suis toujours très impressionnée de voir les personnes que je reçois ouvrir leurs blessures et j’essaie de prendre beaucoup de précautions. Toute ma prière, ma contemplation du Christ, influence ma manière d’être, ouvre mon regard et mon cœur à l’accueil de l’autre dans ce qu’il est, ce qu’il vit. De même que le fait de vivre, ici, dans ce quartier pauvre et populaire.


Qu’est-ce qui vous touche dans ce quartier ?

J’aime beaucoup ce quartier et cette communauté où j’étais déjà pendant mon postulat. La forte présence musulmane et les nombreuses personnes défavorisées posent beaucoup de questions. La proximité avec les habitants, même si les liens ne sont pas toujours évidents, me plait beaucoup. Nous arrivons à créer de temps en temps des ponts entre des personnes de milieux sociaux très différents. Comme lors des prières ouvertes où viennent des jeunes des quartiers les plus chic de Bruxelles, aux côtés des amis du quartier. La communauté des Potiers est un « nous » qui comprend les sœurs, les jeunes, la communauté chrétienne de quartier, l’alphabétisation, le mardi soir, etc. Je trouve que c’est beau : on n’est pas religieuse toute seule ! Les membres de la communauté chrétienne m’apprennent à être plus simple et plus vraie. Le quartier nous évangélise et nous façonne. C’est un vrai lieu de formation dans ma façon d’être sœur et d’être psychologue.


Propos recueillis par FM