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« Je touche du doigt les merveilles de Dieu »

Engagée depuis sept ans au sein de l’aumônerie de la prison de Mons, Sœur Jacqueline Robin, Religieuse du Sacré-Coeur de Jésus, vit de grands et beaux moments d’humanité.


Intarissable. sœur Jacqueline Robin, Religieuse du Sacré-Coeur de Jésus, déborde d’histoires et d’anecdotes au sujet de ses rencontres avec les détenus de la prison de Mons. Elle s’arrête un instant, s’assure qu’elle a encore le temps d’évoquer d’autres détails et repart de plus belle dans des récits de vie bouleversants dont elle est le témoin privilégié. Le flot de ces mots révèle une véritable histoire d’amour, tout simplement. « Quand je suis avec un détenu, mon rôle est de regarder le meilleur de l’autre et de l’amener à son cœur profond qui est beau. La personne vaut plus que ses actes. Dans le fond, elle est à l’image de Dieu et aimée d’une façon extraordinaire », confie Sœur Jacqueline.


Croix d'AssiseLors de son premier stage en milieu carcéral, sœur Jacqueline rencontre un détenu qui partage sa cellule avec un peintre. Ce dernier a l’autorisation de disposer de son matériel et il propose à son compagnon d’apprendre son art. La réponse est négative et catégorique. Le peintre est libéré. Il laisse toutes ses affaires sur place. Lorsque sœur Jacqueline visite à nouveau le détenu, elle sent qu’elle doit l’encourager et elle lui demande un dessin. Le détenu cède et propose de reproduire l’icône accrochée sur le mur. « La semaine suivante, je me rends compte, que mon émerveillement sincère, déclenche chez lui quelque chose. Il a accepté de poursuivre ses essais et m’a demandé de lui apporter des modèles religieux. Il écoutait des chants de Taizé dans sa cellule, il y avait peu de lumière, on aurait dit une cellule de moine ! » Puis il reproduit la croix de saint François d’Assise. Cette peinture haute d’un mètre lui demande deux mois de travail pendant lesquels il effectue aussi tout un chemin spirituel. Au bas du modèle de la croix deux personnages sont un peu effacés. Le nouvel artiste s’en est arrangé. Pour le premier, il a peint saint François. Pour le second, un anonyme avec une auréole : il s’agit de chacun d’entre nous appelé à la sainteté... Une fois l’œuvre réalisée, le peintre explique qu’elle ne lui appartient pas et il exprime cette demande : « faites-la circuler ».


Par le bouche à oreille, la croix a déjà sillonné la Hollande, la France, l’Espagne. Plus de mille photos ont déjà été diffusées jusqu’au Tchad et au Pérou ! Des écoles la demande aussi. À chaque fois, la croix peinte est le support d’une animation particulière et permet d’évoquer à l’extérieur ce qui se vit dans l’enceinte de la prison. Et lorsque les détenus s’étonnent de ne pas voir la croix au moment de la prière du jeudi, sœur Jacqueline parle alors à l’intérieur des murs du groupe rencontré au dehors qui accueille l’œuvre.


Faire tomber les barrières et créer des ponts
Jacqueline, Religieuse du Sacré-Coeur de Jésus« Je suis très attentive à faire des ponts entre les personnes et entre les différents milieux. Je ne suis qu’une porte-parole », poursuit sœur Jacqueline. Toutes les occasions de rencontres sont bonnes. Elle invite quelques fois des étudiants pour un échange de témoignages avec les détenus. L’an dernier, un jeune a tellement été bouleversé qu’il a décidé de changer d’orientation pour se tourner vers l’enseignement de la religion. « Du coté des détenus, ils se rendent compte que des personnes se déplacent, viennent les voir et passent du temps avec eux. Ils réalisent qu’ils ne sont pas des maudits. Chaque fois, le rapprochement est très positif de part et d’autre. Chacun expérimente l’importance de vivre avec. Il y a un voile qui tombe », souligne sœur Jacqueline.


Quelle fête et quelle surprise, lorsque sœur Jacqueline va chercher cette Française au jour de sa libération ! La religieuse a rassemblé les enfants de la jeune femme, le Consul de France et son épouse qui la visitaient régulièrement, un couple de musulman, trois agents pénitenciers. Un mélange très riche, qui permet de faire tomber les préjugés, de se découvrir autrement, de faire des pas immenses.


« De la même chair qu’eux »
Le temps de la détention est parfois propice à des cheminements très touchants. Cette femme qui voyait Dieu comme un justicier implacable l’a découvert miséricordieux et plein de compassion. Ce très bel africain rend grâce à Dieu pour son passage en prison car il y a appris beaucoup de choses. Cet autre a confié à sœur Jacqueline que le concert de la chorale invitée mi-décembre a été lui pour lui « comme un frisson de Dieu ». Autant de témoignages qui emplissent le cœur de sœur Jacqueline et qui l’encouragent à poursuivre sa mission. Aussi lorsqu’un commerçant l’interpelle : « alors, vous êtes toujours en prison ? » Spontanément elle répond : « Non, je suis en permission de sortie ! » Elle insiste : « Je me sens tellement de la même chair qu’eux ! Je suis vraiment de leur côté. La prison est un enfer avec ses haines et ses violences. En même temps pour moi, c’est la porte du paradis : j’ai énormément de chance et je rends grâce d’être avec eux ! »


FM