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« Infléchir la trajectoire d’un enfant qui ne va pas bien »

Devant les barreaux. La place naturelle d’un magistrat. Épais comme ceux d’une clôture monastique, ceux-là appartiennent au Palais de justice, au coeur de Paris. Ils racontent Claire Castaing : juge pour enfants, religieuse, droite, solide et indiquant le Ciel.


La quarantaine sportive, cette Marseillaise est la dernière de huit enfants. Une famille catholique où « la manière de vivre sa foi a été un facteur déterminant. » Avec des parents - lui, professeur d’italien, elle, mère au foyer - désireux de transmettre une ouverture sur le monde. Tous les étés, chaque enfant devait passer un mois de ses vacances à faire du bénévolat ! La faconde méridionale, épicurienne, Claire est de ces gens capables d’entraîner les foules ou de les faire chanter au son de sa guitare. Un caractère entier serti d’humour comme le signalent les deux fossettes nées d’un sourire qui ne semble la quitter que dans le sommeil. Et encore... Jeune fille, elle voulait être assistante sociale. Elle est devenue juge pour enfants.


« Ma conviction est que la France a des outils juridiques qui, s’ils sont bien utilisés, permettent d’infléchir la trajectoire d’un enfant qui ne va pas bien, » module-t-elle avec son accent. Ponctuant sa diatribe d’ « ordonnance de 1945 » et autre « article 375 », Madame le juge, droite comme un i, le regard clair et la main menaçante, pointe les faiblesses de l’appareil judiciaire : « Trop de délais entre le délit et le jugement », « huit mille magistrats en France contre vingt-deux mille en Allemagne »... Elle rappelle « la nécessité d’être très bien formé (certains textes de lois ont été reformulés plus de vingt fois !), et la capacité à mobiliser autour du jeune les policiers, éducateurs, parents... »


Notant combien notre société manque de figures d’autorité, elle regrette que les familles soient moins socialisantes. « Les jeunes ne savent pas pourquoi il y a des règles à respecter, puisque personne n’a pris le temps de le leur expliquer. Alors, le juge a un rôle de régulateur, d’arbitre, qui nomme l’interdit et sanctionne par l’éducation. » Un magistrat qui n’est donc pas là pour punir mais pour trouver les moyens de s’en sortir. « Si ça n’ouvrait pas d’avenir pour la personne, l’enfant et la société, je ne ferais pas ce métier-là ! » Un métier usant, confrontation régulière à la misère humaine. « Ce qui me soulage, c’est que le Christ s’est chargé du Salut du monde ! Alors, je fais « mon petit possible » comme disait Saint Vincent de Paul, et le reste, c’est Dieu qui s’en charge. »


En disponibilité de la justice française, Claire Castaing est retournée sur les bancs de la faculté : entrée au noviciat il y a sept ans, cette ancienne de Chateauneuf-de-Galaure prépare actuellement sa licence de théologie, avant de prononcer ses voeux perpétuels. « Un engagement définitif pas plus effrayant que de se marier ! » Sa vocation s’est révélée dans « cette confrontation au Mal qui défigure l’homme ».


Désormais, elle aperçoit le Christ derrière chaque visage grâce à la prière contemplative et au soutien de ses Soeurs du Sacré-Coeur de Jésus avec qui elle loge à Villejuif. Un ordre fondé il y a deux cents ans par Madeleine-Sophie Barat, qui voulait reconstituer le lien social dans un pays déchiré par la Révolution. Une mission toujours d’actualité, notamment du côté de sa banlieue. Mais pour l’instant, comme la Seine, la justice et Claire suivent leur cours.



Cyril Lepeigneux
Article paru dans Famille Chrétienne n°1553