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« Ces jeunes en difficulté nomment mon espérance »

Infirmière, Roselyne, Religieuse du Sacré-Cœur de Jésus, travaille depuis trois ans au sein d’une structure interreligieuse : le Point de repère à Lille. Ce lieu accueille tous les jours, sans condition, des jeunes de 18 à 25 ans sans abri et en grande précarité.


Certains sont attablés avec des tartines et un café ou un chocolat chaud. D’autres lisent le journal. Il ne reste plus grand chose sur le buffet du petit-déjeuner. Au bar, un jeune demande de remplir un thermos. Un autre souhaite photocopier des documents administratifs. La cabine de téléphone est prise d’assaut, de même que les douches et le vestiaire au fond du centre d’accueil. Ce matin, le Point de repère est parait-il calme, pourtant de nombreux jeunes vont et viennent et l’équipe d’éducateurs ne chôme pas. Au milieu d’eux, sœur Roselyne organise les consultations médicales et les soins infirmiers. Elle développe mille et une attentions envers les jeunes adultes.


Les jeunes accueillis au Point de repère ne s’intéressent pas à leur santé, ils cherchent d’abord à survivre. « Pendant les consultations, je retourne dans l’espace d’accueil et j’observe. S’il y a un jeune qui boite, si il a des plaies apparentes, je m’approche de lui et j’essaie d’entamer une discussion. Je propose des soins adaptés et des bains de pied. Ils sont jeunes, mais ils ont les pieds très abimés, car pour lutter contre le froid ils marchent beaucoup. Certains ne parlent pas. Il y a tout un temps d’apprivoisement et de mise en confiance », souligne sœur Roselyne.


Ici, tout est fait pour sensibiliser les jeunes et prévenir les conduites à risque (alcool, drogue, sexualité). Des kits de matériel propre pour les toxicomanes sont distribués anonymement. L’équipe prend le temps d’écouter et d’orienter les jeunes adultes. Ils sont encouragés à effectuer les démarches administratives qui permettraient une meilleure prise en charge. Si besoin, ils sont orientés vers des centres psychiatriques. Tôt dans la mâtinée, sœur Roselyne a du refaire un pansement sur une plaie ouverte. Le jeune avait déjà été recousu aux urgences hospitalières, mais il s’était ré-ouvert. « C’était important de faire quelque chose ! Il avait besoin que quelqu’un s’occupe de lui, de son corps et de sa santé mentale. »


« Je n’ai pas peur de leur dire que je les aime »


Jeune professe, sœur Roselyne quitte la fonction publique hospitalière pour rejoindre les Religieuses du Sacré-Cœur de Jésus au Congo. À son retour en France, elle recherche un poste d’infirmière qui lui permette de prendre du temps avec les patients au-delà de l’acte de soin. Pour elle, l’aspect relationnel est important : il s’agit de considérer la personne dans sa globalité.


Sœur Roselyne ne porte pas sa croix. Les jeunes ne savent pas qu’elle est religieuse. « Ils vivent dans trop de souffrances pour s’intéresser aux autres. En revanche, tous mes collègues, médecins, éducateurs, stagiaires, savent que je suis religieuse. Pour moi, c’est important d’échanger et de pouvoir parler en vérité. Sinon, je me sentirais coupée en deux. »


Au Point de repère, sœur Roselyne voit, derrière ces jeunes hommes et ces jeunes femmes qui jouent les caïds, des grands enfants qui volent, qui agressent parce qu’ils tentent de survivre et qu’ils n’ont pas appris autre chose. Elle voit surtout des jeunes qui ont peur. « J’essaie leur faire sentir que je les aime, et je n’ai pas peur de leur dire quand la relation est déjà nouée. Nous accueillons deux à trois nouveaux par jour. Ils sont perdus, rejetés, maltraités : je veux leur montrer qu’ils ont de l’importance. » Petit à petit, la confiance s’installe et sœur Roselyne la reçoit comme un cadeau.


« J’aime ces jeunes ! Quand je vois ce qu’ils vivent, je les trouvent courageux. Ils se battent. Sur des mois on voit un progrès. Lorsque je les regarde, je crois vraiment en eux. Ils nomment mon espérance, me donne la foi en toute personne. La vie est plus forte que la plus dramatique des situations. Ca me donne de l’élan, ça relativise mes petits problèmes d’une vie confortable. Ces jeunes sont mon terrain de solidarité. »


FM