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« Faire mémoire, c’est rendre grâce »

À l’occasion du soixantième anniversaire de ses voeux religieux, Alice Wasbauer, Religieuse du Sacré-Coeur de Jésus, partage sa relecture de « cette longue marche pour y cueillir comme en un bouquet, les plus beaux cadeaux de Dieu. »


D’abord mon terreau familial

C’est à la maison, dans ma famille, que j’ai fait la première expérience d’amour, d’union, de service. Papa était un sage, d’une sagesse qui libère ; avec maman il partageait l’autorité dans une paisible harmonie. Ce sont nos parents qui nous ont transmis les vraies valeurs d’amour, de respect, de fidélité, les qualités morales et celles du cœur.
Pour ma famille, pour ma terre d’Alsace : merci !


Puis est venu le temps de l’appel

En 1945 j’avais alors 15 ans. Mes parents m’ont envoyée chez les Religieuses du Sacré-Cœur à Kientzheim pour réapprendre le français. Alors ce fut la découverte émerveillée que tout ce que j’avais reçu à la maison ce vivait là pour Dieu. Je sentais avant d’en vivre moi-même que pour ces sœurs que je côtoyais et que j’admirais, le Cœur du Christ était source de vie et d’amour.
En apparence c’était une vie austère, obscure. Comment cela pouvait-ce m’attirer au moment où je rêvais de bonheur ? Et bien, voici le miracle : dans mon cœur j’eus la certitude absolue que je trouverais mon bonheur dans cette vie-là.

Incrédules devant ce choix inattendu et irrationnel, mes parents, frères, sœur et amis me voient arracher le consentement paternel, j’étais encore mineure et rejoindre à dix-sept ans et demi les Religieuses du Sacré-Cœur.
Pour cet appel à aimer, pour ma famille religieuse, pour ce don du cœur du Christ : merci !


Quand Dieu appelle, c’est pour envoyer

Oui, il m’a envoyé vivre ma mission d’éducatrice à Kientzheim, à Lyon, à Chatenay-Malabry, à Lyon encore, à Paris pour ne mentionner que les périodes les plus marquantes. Et partout, j’avais au cœur la parole de Pierre à l’infirme de la Belle-Porte : « De l’or et de l’argent je n’en ai pas, mais ce que j’ai je te le donne. »
Éduquer, c’est une qualité du regard, une qualité du cœur, vouloir que l’autre à mon contact découvre ses dons et soit valorisé.


Alors j’ai essayé de vivre cela avec « tous ces autres » que Dieu m’a donné :
- Les élèves, les enseignants, le personnel dans mon service d’intendance du grand collège et lycée de Chatenay.
- Les fournisseurs des halles de Rungis qui étaient devenus des amis.
- Les prêtres et les paroissiens de Choisy-le-Roi en banlieue parisienne, j’ai aimé là mon service d’écoute et de simples conseils, cette aide discrète pour la vie sacramentelle de ceux qui viennent à la paroisse.
- Mes sœurs de la Province de France et aussi de tous les coins du monde qui ont passé dans la communauté de Paris, les accueillir, les guider dans Paris et ailleurs avec parfois le langage des gestes plus que de la parole.


Et maintenant ayant posé mes pas sur cette terre de Lorraine riche de son histoire et de ses souvenirs, je découvre surtout les trésors de Madeleine-Sophie (notre sainte Fondatrice). C’est elle qui a fondé cette maison. Ma louange et mon service sont désormais vécus dans ma communauté pour vivre et partager ensemble notre dynamique apostolique.


Le Seigneur m’a ouvert de nouveaux champs d’apostolat auxquels je n’aurais pas pensé : participation à l’accueil des familles des prisonniers, entrée moi-même dans la prison pour créer un vestiaire au service des plus nécessiteux qui y viennent choisir des vêtements, de plus la permanence à l’association ALERPI qui me met en contact avec ceux qui sortent de prison, soit libérés, soit en peine aménagée. Ce service me fait découvrir une humanité blessée où le cœur du Christ agit visiblement. J’en suis la témoin parfois émerveillée... L’un deux m’a dit un jour : « Comment se fait-il que vous preniez du temps pour être là à m’écouter, à m’aimer comme je suis, sans tenir compte de mon passé ? »
Pour ces services encore possibles, merci Seigneur Jésus. Merci !


Alice Wasbauer, rscj

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